dimanche 3 juin 2007

La Mère Caramel

Après le repas de midi et avant l'inévitable encouragement de Pahlou à nous inviter à la sieste, ou du moins à nous tenir tranquille dans le parc par un "maison calme" recommandation relayée par nos monitrices et moniteurs dans tous les étages du château et toute la colonie. Il y avait un étrange ballet qui débutait. Notre infirmière improvisait sur une table et un banc souvent à l'extérieur une sorte de banque. Elle sortait quelques boites en fer blanc (style boite à biscuit) contenant de l'argent et le fameux carnet de comptes. Cette sorte de banque en plein air nous permettait de récupérer quelque argent que nous avions déposé lors de notre arrivée mais également d'acheter des cartes postales, des timbres, des malabars, carambars et autres friandises que nous croquions, dégustions pendant cette heure de calme après le repas et avant les activités de l'aprés midi.

Avec cet argent maintenant disponible entre nos mains, nous risquions de nous faire rouler chez la mère Caramel au grand désespoir de Pahlou qui nous mettait en garde sur les prix pratiqués par cette échoppe parfaitement mercantile et son habile propriétaire! Nous nous déplacions librement dans Sermizelles et souvent à deux ou trois copains de chambrée, nous nous rendions inévitablement sur le chemin de la baignade chez la mère Caramel. Et là, dans cette enceinte, dans ce bric-à-brac de marchandises hétéroclites, sur son comptoir juste à la hauteur de nos yeux, nous pouvions effectivement acheter et dépenser nos sous; une ligne pour la pêche, un canif, d'autres bonbons dans des bocaux de verre, entre la machine à raper le gruyère et les bouillons Kub, nos regards étaient attirés par les roudoudous et les paquets de gâteaux avec une préférence pour moi pour les chamonix orange. J'ai encore les odeurs particulières de cet endroit dans la tête, sentant le savon de Marseille ou je ne sais quelles épices et fruits, un vrai moment de bonheur!

Un petit détour s'imposait après la messe pour faire le plein de sucreries et autres saveurs avec quelques amis du groupe des Talla (voir Jacques pour l'explication). Malgré les recommandations de Pahlou à la veillée, sur la méthode de commercer de cette dame très rusée pour nous faire dépenser nos quelques francs (pour ma part les sommes étaient très modestes). Nous étions dans cette caverne d'Ali Baba en ayant le sentiment de pouvoir tout acheter car il faut le dire, pour nous, c'était nos premières expériences d'achats sans Maman ni Papa.

Maintenant et depuis quelques années, à chaque fois que je prends la rue entre l'église et le moulin, menant à la baignade, je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée affectueuse pour la mère Caramel! Cela me rend particulièrement triste de voir la porte de son épicerie-pêche-souvenirs, murée par des parpaings. Comme j'aimerais pouvoir lui dire que pour nous autres colons la Mère Caramel (dont j'ignore le nom) restera dans nos coeurs et nos souvenirs malgré les recommandations de vigilance de Pahlou. Elle faisait indubitablement partie de notre vécu et notre environnement car même après + de 50 ans, je souhaitais lui consacrer une page pour rappeler le souvenir de cette personne attachante.

Roger, L'Ayack

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