dimanche 20 juin 2010

Girart de Roussillon – 6

GIRART, COMTE DE VIENNE
Dit : Girart de Roussillon
De l'histoire à la légende !


Nous avons vu ce qu’a été le culte de Marie-Madeleine à Vézelay. On sait maintenant que notre ami le Comte de Paris n’y est pas pour grand’chose contrairement à ce qu’affirme la légende.
Et pour une raison toute simple :
Il était Delta–Charlie–Delta (DCD) (comme disent pompiers et Samu) … , depuis belle lurette !

Revenons à Girart.
Il ne faut pas perdre de vue, qu’au delà de la geste qui lui est consacrée, Girart est un véritable personnage historique.
Même s’il n’a pas été, à son époque, un personnage de tout premier plan, le vrai Girart méritait que l'on retrouve ses traces, car il est devenu malgré lui (bien après sa mort !), le centre d'un demi-siècle d'histoire carolingienne.
Et ça sur un CV, c’est plutôt positif ! Sa biographie a été « gonflée » grâce à l'illustre destin d'une de ses fondations : Vézelay.

L’Histoire :
Girart naît vers 810.
René Louis situe sa région d’origine proche de Worms en Rhénanie et non dans le Languedoc comme on l’entend parfois.
Il est le fils de Leuthar Ier de Paris (comte de Fézensac et de Paris) et de son épouse dame Grimeut (ou Grimilde).
La jeunesse de Girart nous est totalement inconnue.
Son père est envoyé par Charlemagne en Aquitaine vers 781. En 801, il reçoit le comté de Fezensac, également en Aquitaine.

Girart
a des frères et sœurs : La fratrie dans l’ordre d’apparition à l’écran :
1. Alard le Sénéchal.
2. Girard 2.
3. Engeltrude de Fézensac.
4. Foulques.
5. Adèle.
+ semble t’il, quelques autres …

Lui, Girart (2), son frère (1) et sa sœur (3), passent vraisemblablement leur petite enfance dans le comté de Fezensac en Aquitaine.
Les (4) et (5) ne sont pas nés de Dame Grimeut.
Quant aux autres … !!

Girart est connu, d’abord sous le nom de Comte de Paris, et plus tard Comte de Vienne.
L’amitié et le dévouement de Girart envers l’empereur Louis le Pieux lui vaudra l’attribution du comté de Paris qu’avait jadis tenu son grand père Girart 1er.
En mars 863, a lieu un nouveau partage du Royaume : Girart devient vassal du roi Lothaire II. Mais celui-ci demeurant dans ses régions Rhénanes, laisse à Girart les pleins pouvoirs pour administrer son duché.
De 863 à 870 environ, Girart est donc le seul maître du Viennois

La légende :
C’est le « parcours » (comme on dirait aujourd’hui) de Girart, et l’époque, qui offre aux troubadours et jongleurs l’opportunité d’un travail de création facile, lequel donne au héros une enfance, un père, des aïeux, et qui apparente les héros les uns avec autres grâce aux filiations et aux mariages.
En fait les troubadours et jongleurs (conteurs de rues), vont de ville en ville, et agrémentent l’histoire (la geste) qu’ils ont dans leur besace, au fur et à mesure de ce qu’ils apprennent ici et là. Ils sont un temps en Bourgogne, quelques mois plus tard en Touraine, avant de partir vers le Dauphiné … On écoute, en enregistre, et on mélange tout … !
C’est ainsi que Girart devient le fils de Garin de Monglane ou de (c’est selon…) Drogon.
On en fait le frère de Doon de Montreuil et de Beuve d'Aigremont, tandis que pour un autre, il est le frère de Renier de Genvres. On le dit également oncle d'Aimeri de Narbonne.
Ainsi la geste de Narbonne se raccroche à la geste de Vienne.
Aimeri de Narbonne, par exemple, est LE personnage typique de la chanson de geste, car il n’a jamais existé. Aimeri n'est pas un personnage historique. Sa légende est d'origine méridionale. Les chansons d'Aimeri font partie du cycle de Guillaume d'Orange, lui-même personnage légendaire inspiré de Guillaume de Gellone.

L’Histoire :
En 819, Girart épouse Berthe, l’aînée des filles d’Hugues III de Tours et de Haute Alsace. Celui-ci mariera sa seconde fille, Ermengarde de Tours à Lothaire Ier en 821.
Le mariage de Girart avec Berthe lui valut sans doute l’attribution immédiate des comtés de Lassois (à 5 km de Châtillon-sur-Seine, en Bourgogne du Nord, près du village de Vix où se trouve une butte appelée mont Lassois), et d’ Avallon.
Ils auront 2 enfants connus. Une fille, Eva ou Ava, dont on sait qu’elle fut abbesse du monastère de Vézelay (à l’époque sur l’emplacement de Saint-Père) créé par ses parents, et un fils Thierri.

La légende :
Pour finaliser un accord, l'Empereur de Constantinople offre de faire épouser ses filles. Charles se mariera à l'aînée Berthe et la plus jeune Elissent à Girart. Mais Charles trouvant Elissent plus belle, décide de l'épouser. Girart n'a plus qu'à s'incliner.

Et on peut dire que cette légende là a eut la « peau dure ». Il a fallu toute la perspicacité et la persévérance de René Louis pour lui faire rendre gorge ( je parle à l’ancienne !).

Il est aujourd’hui acquit que cette légende a eu pour cadre une des fondations du compte Girart : le monastère de Vézelay. On peut donc penser que le poète s'est inspiré de la reine Aliénor d'Aquitaine pour sa création du personnage de la reine Elissent. En effet, au printemps 1146, Aliénor est à Vézelay quant Bernard de Clairvaux prêche de la seconde croisade.

Suite à la prochaine.

Bises à toutes et à tous.
JM.

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